01/06/2010

Le Figaro se plante sur Face de Bouc

Le site LeFigaro.fr a publié, ce mercredi 21 avril, sous la plume de Marie-Catherine Beuth, un article intitulé « Facebook étend son emprise sur le Web ». L'essentiel de l'article est motivé par la conférence de développeurs de Facebook, qui se tient aujourd'hui, et au cours de laquelle devraient être faites diverses annonces sur les innovations à venir dans le réseau social.

Cela commence sur les chapeaux de roues, avec la phrase suivante : « [...] le réseau social a porté un premier coup à l'encyclopédie collaborative Wikipédia en annonçant le lancement d'un nouveau service appelé «Pages Communauté». »

La journaliste s'appuie pour cela sur un billet d'Alex Li, publié le 19 avril sur le blog de Face book : « Connecting to Everything You Care About ».

De fait, le développeur Alex Li écrit bel et bien les choses suivantes :

« [...] notre but à long terme est d'en faire la meilleure collection de savoirs partagés sur un sujet. [...] Nous commençons par montrer les informations de Wikipédia, mais nous recherchons également des gens passionnés sur l'un de ces sujets pour s'inscrire et contribuer à la page. »

“ [...] our long-term goal is to make them the best collection of shared knowledge on a topic. We're starting by showing Wikipedia information, but we're also looking for people who are passionate about any of these topics to sign up to contribute to the Page.”


Pour autant, cela ne justifie en rien, pour le moment, les menaces implicites qui, selon la journaliste française, et bien qu'elle ne l'ait pas dit explicitement, pèseraient sur Wikipédia. Je dirais même que c'est très naïf de sa part, et que cela aurait tendance à témoigner de sa méconnaissance du fonctionnement de Wikipédia.

Wikipédia, lancée le 15 janvier 2001, a largement entamé sa dixième année d'existence, vient de fêter son milliardième « edit » (vendredi dernier), et groupe, en plus de 260 langues, plusieurs millions d'articles (dont 3,26 millions en anglais, 1,05 million en allemand et 939 000 en français). Elle est forte de plus de 12 millions de contributeurs réguliers.

La spécificité wikipédienne passe en effet par la correction collaborative des contributions, et rien ne laisse prévoir, pour le moment, que le staff de l'entreprise de Palo Alto envisage un modèle similaire pour ses “Pages communauté”. Je serais plutôt enclin à voir quelque chose dans le genre de Knol — souvenons-nous au passage des mines réjouies de certains journalistes qui faisaient mine de croire que le machin de Google allait fracasser Wikipédia... on a vu ce qu'il en était — et, surtout, attendons de voir....

Je doute que Mark Zuckerberg et son équipe aient envie de bâtir une encyclopédie, ils veulent juste ajouter des contenus toujours plus attractifs à leur réseau social. Mais Wikipédia a les reins beaucoup plus solides que ne voudraient le croire les analys'es inattentifs et qui l'ont trop peu fréquentée pour la comprendre :D

En effet, rien ne laisse penser que les « Pages Communauté » que nous prépare Facebook adopteront un modèle wikipédien, qui a fait ses preuves. Je suppose — l'avenir me donnera peut-être tort — que les contributions diverses à une « Page Communauté » s'ajouteront les unes aux autres et se juxtaposeront, mais qu'il n'y aura pas une armée de correcteurs et de rédacteurs pour élaborer collectivement un contenu unique.

10:02 Écrit par H dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : facebook |  Facebook |

Albertine Guillemain, une femme d'action

Albertine Emélie Guillemain (1885 - 1961) était mon arrière-grand-mère. Institutrice, féministe , syndicaliste et pacifiste, elle était autant de gauche que moi son descendant, Jean-Roger Tixier-Toutain, dit Jérotito, dit Hégésippe Cormier du Naze suis d'extrême-droite et misogyne. Mais j'en suis fier quand même.

Albertine Guillemain nait le 8 février 1885 à Châlette-sur-Loing (Loiret). Orpheline très jeune, elle est recueillie par sa grand-mère et passe son enfance dans les Ardennes. Elle entre à l'école primaire supérieure Jeanne Maillet (Orléans) pour devenir institutrice.

En 1905, elle devient institutrice et s'inscrit au syndicat des instituteurs et des institutrices ainsi qu'à la SFIO. Elle s'engage aussi dans de nombreuses organisations féministes: Le Suffrage des Femmes , L’Union fraternelle des Femmes, La Fédération féminine universitaire, La Ligue pour le droit des femmes, L’Union française pour le suffrage des femmes, La Ligue nationale du vote. Elle milite pour que les droits de la femme tant au travail qu'à la maison soit reconnus. À cette époque en effet, la femme ne possédait aucun droit politique, ne pouvait pas être tutrice de ses propres enfants, était souvent sous-payée dans le monde du travail.

En 1911, elle est nommée à l'école maternelle de la rue Baroin à Orléans. En 1912, elle rentre au comité confédéral de la CGT dont elle est secrétaire adjointe en 1914. La guerre et la mobilisation réduisant le bureau, Albertine Guillemain en devient secrétaire générale par intérim. En 1915, un fort courant pacifiste nait au sein de la CGT, courant dont Albertine Guillemain va devenir porte-parole. Elle adhère à la section française du Comité international des femmes pour une paix permanente. Empêchée par la police française, elle ne peut pas se rendre à la conférence pacifiste de 1915 à Zimmerwald, ni à celle de Kienthal mais elle correspond par lettres sur ce sujet. Celles-ci, interceptées par la police serviront au dossier d'accusation monté contre elle à la fin de la guerre. Elle publie aussi des manifestes pacifistes et envoie le 23 octobre 1916 une lettre au Comité pour la reprise des relations internationales, comité pacifiste dirigé par Alphonse Merrheim.

En 1917, la pression se resserre sur ses activités. Le 26 juillet 1917 son appartement est perquisitionné et le 27 juillet elle est suspendue sans traitement . En novembre 1917, peu de temps après l'arrivée de Clemenceau comme président du conseil, elle est arrêtée pour propagande défaitiste et envoyée à la prison des femmes de Saint-Lazare. Elle subit de la part des journaux de l'époque le Matin, l'Écho de Paris et l'Homme libre une campagne de désinformation. On la juge pour le moins anormale, elle porte des vêtements masculins, elle aurait correspondu avec des soldats, des fabricants de munitions, des prisonniers allemands, aurait caché des personnes bizarres, aurait visité la Russie et se serait rendue à la conférence de Zimmerwald. On l'accuse d'être anarchiste, d'être un partisan du Bonnet Rouge. Le Petit Parisien la soupçonne d'avoir reçu de l'argent d'Allemagne pour organiser sa campagne pacifiste. Accusée de trahison et de faire du pacifisme sous couvert de féminisme, Albertine Guillemain se défendra Modèle:Début citation L'accusation prétend que sous prétexte de féminisme, je fais du pacifisme. Elle déforme ma propagande pour les besoins de sa cause : j'affirme que c'est le contraire  Je suis ennemie de la guerre parce que féministe, la guerre est le triomphe de la force brutale, le féminisme ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle. Il y a antinomie entre les deux Elle comparaît devant le premier conseil de guerre du 25 au 31 mars 1918. Elle y plaide principalement la cause du féminisme, faisant remarquer que privée de droit politique, elle ne peut être poursuivie pour un délit politique, et axe sa défense sur les droits qui sont niés aux femmes. Elle est soutenue par des témoins de moralité, Jean Longuet, Jeanne Mélin[4], Marguerite Durand et la journaliste Séverine qui vont faire de ce procès l'apologie du pacifisme et du féminisme.

Elle est condamnée à trois ans de prison avec sursis. Elle est révoquée de l'enseignement avec effet au 17 novembre 1917. Elle ne sera réintégrée que 7 ans plus tard sous le gouvernement du cartel des gauches.

Après la guerre, Albertine Guillemain se détache du mouvement syndicaliste. Elle abandonne son poste de secrétaire générale de la FNSI. De février 1919 à octobre 1921, elle publie la revue La Lutte féministe, « organe unique et rigoureusement indépendant du féminisme intégral ». En février 1920, elle fonde, avec Maurice Foulon, l'université populaire de Pantin. Attirée par le communisme, elle effectue plusieurs voyages en Russie dans les années 1920-1922et adhère au nouveau parti communiste dès le Congrès de Tours de 1920.

C'est aussi une adepte du spiritisme. En décembre 1924 elle est réintégrée dans ses fonctions d'institutrice à l'école maternelle de la rue Brandin à Montargis, où elle exercera jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale.

Après la guerre, elle continue ses activités féministes et meurt le 1er juillet 1961 à la clinique de diététique et de gérontologie de Montargis . Enterrée dans le carré des indigents, sa dépouille est ensuite transportée dans un caveau trentenaire payé par un cousin Henri Godeau.

Durant toute sa vie, elle a travaillé à son Encyclopédie féministe dans laquelle elle avait le projet de regrouper des notices biographiques sur toutes les femmes qu'elle jugeait exemplaires, que ce soit pour leur activités littéraires, scientifiques ou artistiques, ou leur présence dans des faits divers.